La citoyenneté commune : noyau immuable ou dynamique?
Mardi, le 14 octobre 2003
9 h -12 h
Bibliothèque nationale,
rue Wellington, Ottawa
Description :
L'immigration à grande échelle provoque
des changements sur le plan démographique et,
dans la plupart des cas, une diversité accrue.
Or, ces changements obligent les gouvernements et les
citoyens à mettre en oeuvre des mesures pour
faciliter l'intégration, le plus efficacement
possible, de populations importantes et diverses de
nouveaux arrivants. Les discussions portant sur les
changements démographiques et sur les changements
sociaux qui accompagnent ceux-ci ont toujours donné
lieu à des débats chargés d'émotions
dans lesquels étaient illustrés de nombreux
points de vue différents. Certains gouvernements
ont cherché à tirer le plus grand profit
possible des bénéfices de l'immigration
pour les sociétés d'accueil seulement,
alors que d'autres ont cherché à obtenir
des résultats optimaux à la fois pour
les nouveaux arrivants et pour les sociétés
d'accueil. Et même si la plupart des gouvernements
souhaitent gérer les courants migratoires, un
certain nombre d'entre eux ont envisagé de fermer
définitivement la porte à l'immigration.
Deux principales approches s'opposent dans ce débat.
La première approche repose sur la croyance qu'un
noyau immuable solide, qui est souvent défini
comme étant l'identité nationale, est
essentiel à l'intégration réussie
des nouveaux arrivants. En effet, cette approche soutient
que l'intégration est possible uniquement lorsque
les nouveaux arrivants et les membres de la société
d'accueil comprennent et adhèrent aux divers
éléments qui composent le noyau. Les personnes
qui ne satisfont pas à cette exigence ne peuvent
obtenir le statut de citoyen et ne se voient pas accorder
les occasions voulues de participer à la vie
de la société. La deuxième approche
repose quant à elle sur la croyance que le noyau
peut, et doit en fait, évoluer grâce à
la participation des citoyens et des nouveaux arrivants
à une discussion continue sur la construction
de l'identité nationale. Cette approche garantit,
selon ses partisans, le soutien des responsabilités,
des valeurs et des objectifs communs.
Dans la première approche, une identité
nationale exclusive, qui constitue un noyau immuable,
est solidement articulée au moyen de valeurs
communes, d'une langue commune et de caractéristiques
ethniques et culturelles communes, ou, sous sa forme
la plus extrême, d'une homogénéité
raciale ou religieuse. Les nouveaux arrivants doivent
accepter ce noyau et chacun de ses éléments
et s'y conformer pour obtenir la citoyenneté
(c'est-à-dire démontrer des compétences
linguistiques ou une connaissance de l'histoire et de
la structure politique de la société d'accueil).
Les partisans de cette approche craignent qu'un pays
qui ne possède pas une forte identité
nationale ne présente un terrain propice à
la création de fractionnements et de lignes de
failles, comme en font foi, par exemple, les concentrations
par voisinage ou « ghettos ». Ils croient
parfois aussi qu'une diversité alimentée
par l'immigration remet en cause une identité
nationale stable et puisse constituer une menace pour
les valeurs fondamentales de la société
d'accueil.
Les partisans de la seconde approche voient la composition
d'une identité nationale comme un processus continu
qui accueille la contribution des nouveaux arrivants
et qui encourage chez ces derniers un sentiment de citoyenneté
partagée, qui est fondé sur une responsabilité
mutuelle et sur des valeurs communes, et qui agit comme
un noyau dynamique qui maintient ensemble des personnes
d'origines culturelles et ethniques diverses. Les partisans
de cette approche soutiennent que la cohésion
sociale est renouvelée et renforcée lorsqu'on
accorde à l'identité nationale la possibilité
d'évoluer par l'entremise de discussions entre
les nouveaux arrivants et les sociétés
d'accueil qui permettent de redéfinir et de modifier
l'articulation des valeurs et des responsabilités
qui composent la citoyenneté commune.
Au sein de ce groupe d'experts, des chefs de file des
secteurs universitaires et des médias exploreront
les arguments défendus par les deux camps, en
s'appuyant sur les expériences vécues
par les États-Unis, par l'Australie, par le Royaume-Uni,
par l'Allemagne et par le Québec. Ils se demanderont
plus précisément si une identité
nationale inclusive ou exclusive a contribué
à l'intégration des nouveaux arrivants
dans chacune des sociétés faisant l'objet
d'une étude de cas. Dans ce contexte, l'intégration
désigne la pleine participation de tous les citoyens
à la vie sociale, culturelle, politique et économique
de la société.
9 h -9 h 15
Remarques préliminaires :
Alfred MacLeod, Citoyenneté et Immigration Canada
9 h 15 -12 h
Président : Howard Duncan, projet Metropolis
Conférenciers :
Ghassan Hage, University of Sydney (AUSTRALIE)
Danielle Juteau, Université de Montréal
(CANADA)
Bashy Quraishy, journaliste (DANEMARK) présentation
(présentation)
disponible en francais sous peu
Feyzi Baban, Trent University (CANADA)
Biographies
Ghassan Hage est né en 1957 à Beyrouth
(Baabda), au Liban. Il a travaillé à l'University
of Technology Sydney et à l'University of Western
Sydney, Nepean. Il a fait des études post-doctorales
(1991) au Centre de sociologie européenne Pierre
Bourdieu, où il a aussi été professeur
invité (1995). Il a été chargé
de cours invité dans plusieurs universités
internationales aux États-Unis, au Canada, au
Royaume-Uni, au Japon, à Taïwan, au Liban
et en France. Il a récemment publié des
écrits intitulés Arab-Australians Today:
Citizenship and Belonging (2001), The Future of Multiculturalism
(1999) et White Nation; Fantasies of White Supremacy
in a Multicultural Society (1998).
Christian Joppke a apporté sa contribution au
Comparative Citizenship Project, surtout en ce qui concerne
l'Allemagne, l'Union européenne et la citoyenneté.
Il a récemment accepté un poste au sein
du département de sociologie de l'University
of British Columbia. Il a récemment publié
un article intitulé « How Immigration is
Changing Citizenship: A Comparative Review » dans
Ethnic and Racial Studies.
Danielle Juteau est professeur à l'Université
de Montréal. Elle est la co-fondatrice du Centre
d'études ethniques de cette université
et y est titulaire de la chaire en relations ethniques
(1991-2003). Elle s'est récemment vue attribuer
une bourse de recherche de la Fondation Pierre-Elliott
Trudeau. Elle a effectué des recherches sur les
dynamiques des frontières ethniques, l'ethnicité
et le nationalisme, la citoyenneté et les nouvelles
formes de pluralisme, ainsi que les relations entre
les sexes. Ses projets de recherche actuels portent
sur la transformation actuelle du pluralisme au Québec
et sur la théorisation différentielle
des relations ethniques dans six sociologies nationales.
Parmi ses récentes publications, on trouve L'ethnicité
et ses frontières (1999) et The Social Construction
of Diversity: Recasting the Master Narrative of Industrialized
Nations (2001).
Bashy Quraishy, journaliste danois né en Inde
et élevé au Pakistan, est l'un des membres
fondateurs de la Commission sur l'égalité
ethnique créée par le parlement danois,
anime sa propre émission de télévision
et est l'auteur de six livres sur les minorités
ethniques au sein de l'Union européenne. Son
plus récent livre a pour titre Danish Identity
- Seen Through Brown Eyes.
Feyzi Baban a récemment complété
un article intitulé « Community, Citizenship
and Identity in post-1980 Turkey » qui sera publié
dans un ouvrage sur la citoyenneté et l'identité
nationale. Il travaille présentement sur un manuscrit
discutant des implications de la philosophie de Jurgen
Habermas sur la démocratie et l'identité
nationale.